La version facile de cette appli poserait une question aléatoire tirée du sujet que tu as choisi, à chaque fois que tu essaies d'ouvrir quelque chose de bloqué. Ça marcherait, techniquement. Mais ça gâcherait la plupart des déverrouillages — certaines questions tombent sur des choses que tu connais déjà par cœur, d'autres sur quelque chose que tu as vu une fois, il y a trois semaines, et jamais revu depuis. Ni l'un ni l'autre ne t'apprend grand-chose. Le planificateur existe pour empêcher ça.
La courbe de l'oubli n'est pas une métaphore
Hermann Ebbinghaus l'a mesurée sur lui-même dans les années 1880 : la mémoire ne s'estompe pas à un rythme constant, elle chute vite juste après l'apprentissage puis se stabilise. Réviser un fait juste avant de l'oublier renforce le souvenir bien plus que le réviser trop tôt — quand il est encore frais, ce qui n'apprend rien — ou trop tard, une fois qu'il a disparu et qu'il faut le réapprendre depuis le début.
On ne choisit pas quand tu vas essayer d'ouvrir une appli bloquée. Ça, c'est entièrement à toi — une habitude, une réunion ennuyeuse, un mauvais moment à 23h. Ce que le planificateur contrôle, c'est quel sujet t'est présenté quand ça arrive. Réponds juste à une question et elle revient plus tard ; rate-la et elle revient plus vite. Le déverrouillage que tu n'as pas demandé est aussi, discrètement, une révision placée exactement là où la courbe dit qu'elle devrait être.
Pourquoi des séries, pas des scores
Un score cumulé récompense le fait d'avoir raison, ce qui semble juste jusqu'à ce qu'on remarque ce que ça encourage : s'en tenir à ce qu'on sait déjà pour que le chiffre ne baisse jamais. Une série récompense le fait de se présenter, peu importe la réponse, ce qui est le véritable goulot d'étranglement de la répétition espacée — la technique ne fonctionne que si tu ouvres encore l'appli dans trois semaines, pas si tu as eu bon à toutes les questions cette semaine.
Le risque inverse est bien réel. Une série qui ne compte que les ouvertures, pas l'effort, se transforme en corvée qu'on tapote sans lire. C'est pourquoi, ici, une série compte les jours où tu as répondu à quelque chose, pas les jours où tu as déverrouillé quelque chose — la faille pour tricher avec sa propre habitude est plus petite si ce qu'on compte est la partie la plus difficile.
Ce que « la prochaine question » doit équilibrer
Quatre choses tirent en sens opposés à chaque déverrouillage :
- Le minutage. Tout ce qui est en retard pour une révision passe avant tout ce qui est frais — c'est tout l'intérêt de la courbe.
- La difficulté. Un sujet où tu as multiplié les erreurs a besoin d'une question plus facile avant une plus dure, sinon chaque déverrouillage devient un petit échec.
- La couverture. Livré à lui-même, le planificateur bouclerait volontiers pour toujours sur les trois sujets où tu es le plus faible. Il doit forcer une largeur de vue sur le programme que tu as réellement demandé, pas seulement ses points faibles favoris.
- La variété. La même question deux fois de suite, même si elle est techniquement due, donne une impression de bug plutôt que d'intelligence.
Aucun de ces quatre critères ne l'emporte totalement. Le planificateur est un ensemble de compromis, pas une formule à une seule bonne réponse.
Ce dont on n'est pas encore sûrs
La courbe de l'oubli a besoin d'un historique pour fonctionner, et un compte tout neuf n'en a pas. Les premiers jours pour quiconque commence un sujet ressemblent plus à une estimation qu'à un vrai planning — on ne sait pas encore à quel point ça se voit, ni à quelle vitesse ça se corrige une fois qu'il y a de vraies données de réponses à exploiter. Si tes premiers déverrouillages semblent plus aléatoires que ceux d'un mois plus tard, c'est normal en l'état, pas un bug qu'on a choisi d'ignorer.
S'il y a un sujet que tu voudrais voir bien planifié, dépose une demande — plus il y a de sujets réellement demandés par les gens, moins la règle de couverture a besoin de deviner.