La réponse directe et précise est que l'« addiction au téléphone » n'est pas un diagnostic formel du DSM-5 — la seule addiction comportementale (non liée à une substance) qui y soit formellement reconnue est le trouble du jeu — et le terme que les chercheurs emploient réellement pour l'usage compulsif du téléphone est l'« usage problématique du smartphone », étudié comme un véritable schéma comportemental aux conséquences réelles, distinct en soi d'un trouble cliniquement diagnosticable (Panova & Carbonell, 2018, Journal of Behavioral Addictions). Cette distinction compte pour la façon de penser les « signes » : il n'existe aucune liste diagnostique officielle, mais il existe un instrument de recherche validé et évalué par les pairs — la Smartphone Addiction Scale (Kwon et al., 2013) — dont les items donnent une idée réellement fondée sur des preuves de ce que les chercheurs recherchent effectivement. Il vaut la peine de préciser d'emblée que cette rigueur ne vise pas à minimiser à quel point l'expérience sous-jacente peut sembler réelle — elle vise à orienter vers le cadrage qui s'appuie réellement sur la recherche et des outils validés, plutôt que vers une étiquette fourre-tout qui sonne comme faisant autorité mais n'est formellement définie nulle part.
Ce que mesure réellement l'instrument de recherche validé
La Smartphone Addiction Scale, un outil auto-déclaratif de dix items développé et validé dans une étude évaluée par les pairs publiée en 2013 dans PLOS ONE, interroge sur des schémas tels que : manquer un travail prévu à cause de l'usage du smartphone, avoir du mal à se concentrer en cours ou au travail à cause de l'envie d'utiliser un smartphone, se sentir impatient et agité quand on ne tient pas son smartphone, et utiliser un smartphone plus longtemps que prévu. Ces items ont été développés et validés statistiquement par rapport à des critères cliniques et comportementaux, ce qui les place sur un terrain plus solide qu'un quiz informel en ligne portant le même nom mais pas le même ensemble d'items testés — utile à vérifier, si vous tombez sur un « test d'addiction au téléphone » en ligne, s'il utilise réellement des items validés ou s'il emprunte simplement le concept de façon approximative. Il vaut aussi la peine de savoir que des instruments auto-déclaratifs comme celui-ci présentent de véritables limites reconnues — ils reposent sur une auto-évaluation honnête et peuvent être affectés par l'humeur ou le contexte au moment de les remplir — ce qui explique en partie pourquoi les chercheurs traitent un score isolé comme une donnée parmi d'autres, pas comme un diagnostic autonome. Il vaut aussi la peine de savoir que l'échelle a été traduite et validée dans de multiples langues et pays depuis sa publication originale de 2013, ce qui a contribué à en faire un véritable outil de recherche utilisé à l'international plutôt que limité à une seule population.
Pourquoi le cadrage en « usage problématique » plutôt qu'en « addiction » compte en pratique
Cadrer ce schéma comme un spectre d'usage problématique, plutôt que comme une addiction binaire qu'on a ou qu'on n'a pas, change à quoi ressemble une réponse raisonnable : il ne s'agit pas de déterminer si l'on remplit les critères d'une étiquette clinique, mais d'identifier quels comportements précis (manquer de sommeil, manquer des projets, ignorer les personnes avec qui l'on se trouve, se sentir anxieux sans le téléphone) se produisent réellement et à quel degré, car ce sont ces éléments-là qui sont réellement modifiables, alors qu'une étiquette d'« addiction » auto-diagnostiquée peut sembler plus figée et moins abordable à traiter directement. Ce cadrage évite aussi de surestimer la gravité pour la plupart des gens qui utilisent beaucoup leur téléphone mais sans le type de perturbation sérieuse de la vie autour de laquelle se concentre la recherche sur l'usage véritablement problématique. Ce recadrage tend aussi à réduire la honte, ce qui compte en pratique : la recherche sur le changement de comportement en général suggère que la honte est un mauvais moteur de motivation à long terme et peut en réalité rendre un schéma plus difficile à traiter en augmentant le même stress ou la même baisse de moral qui alimentent souvent les vérifications compulsives au départ. C'est une dynamique similaire à la façon dont la recherche sur l'addiction en général s'est éloignée d'un cadrage purement fondé sur la volonté pour comprendre les comportements compulsifs comme façonnés par l'environnement et la conception, ce qui explique en partie pourquoi modifier l'environnement (retirer l'accès facile) tend à surpasser le seul fait de compter sur la résolution personnelle.
Ce qu'il faut prendre au sérieux, et ce qui est courant et gérable
Vérifier son téléphone souvent et de façon réflexe, ressentir l'envie de le regarder, ou y perdre plus de temps que prévu sont des expériences extrêmement courantes et, en elles-mêmes, n'indiquent rien qui nécessite une attention clinique — c'est exactement le genre de schéma quotidien que visent les outils fondés sur la friction et les changements d'habitudes. Ce qu'il vaut la peine de prendre plus au sérieux, et éventuellement d'aborder avec un médecin, c'est quand l'usage du téléphone perturbe de façon constante et significative le sommeil, les relations, les performances au travail ou aux études, ou quand les tentatives de réduction échouent de façon répétée malgré un effort réel et répété et une véritable détresse face à ce schéma — le seuil que la recherche sur l'usage problématique retient se concentre généralement sur l'altération du fonctionnement, pas seulement sur une fréquence d'usage élevée en soi. Il vaut la peine de vérifier périodiquement et honnêtement quels comportements précis de la liste ci-dessus se manifestent chez vous, plutôt que de porter un jugement unique oui/non sur le fait d'avoir « une addiction », car ce sont les comportements précis qui sont réellement traitables, un par un. Tenir une brève note honnête des situations précises qui déclenchent l'envie la plus forte — un certain moment de la journée, une certaine humeur, une certaine pièce — tend à être plus utile dans la durée qu'une seule auto-évaluation globale faite une fois et jamais revue.
Où Mr. Grummel s'inscrit
Mr. Grummel est conçu pour l'extrémité courante et quotidienne de ce spectre — réduire les vérifications réflexes à faible valeur — pas comme un traitement pour quoi que ce soit qui atteindrait le seuil d'une véritable préoccupation clinique ; si ce seuil ressemble à votre situation, un médecin est la prochaine étape appropriée, pas une application. Un généraliste ou un thérapeute familier des schémas comportementaux est une ressource bien plus adaptée qu'une application pour l'extrémité la plus sérieuse de ce spectre, et il vaut la peine de le dire clairement plutôt que de laisser entendre qu'un bloqueur est une réponse suffisante à tous les degrés du problème. Nommer clairement cette limite ici fait partie d'une honnêteté sur ce qu'une application grand public peut raisonnablement être censée faire, plutôt que de laisser un résultat de recherche laisser entendre qu'elle remplace un accompagnement professionnel quand la situation l'exige.
Sources
- Panova, T. & Carbonell, X. (2018). "Is Smartphone Addiction Really an Addiction?" Journal of Behavioral Addictions, 7(2)
- Kwon, M. et al. (2013). "Development and Validation of a Smartphone Addiction Scale (SAS) for Adolescents." PLOS ONE, 8(12)